Conférence internationale sur l’innovation diagnostique en Afrique subsaharienne : Dakar au cœur de la souveraineté sanitaire africaine

Dakar, Sénégal du 22 au 25 juin 2026. Pendant quatre jours, l’Institut Pasteur de Dakar (IPD) a réuni chercheurs, décideurs publics, partenaires institutionnels et acteurs industriels venus de tout le continent et d’Europe, à l’occasion de la Conférence internationale sur l’innovation diagnostique en Afrique subsaharienne. Co-organisée par les consortiums de recherche UTI-Diag, HoliCare, DIDIDA et PvSeroRDT tous financés par l’Union européenne (EDCTP3/UKRI) et tous partenaires de l’IPD cette rencontre a confirmé une conviction partagée : l’avenir de la santé en Afrique se joue en grande partie sur sa capacité à diagnostiquer vite, juste, et localement.

Une ouverture placée sous le signe de la souveraineté sanitaire

La cérémonie d’ouverture, à l’Hôtel Ndiambour, présidée par le Dr Ibrahima Sy, ministre de la Santé et de l’Action sociale, a immédiatement fixé le cap de la conférence. Le Dr Ibrahima Socé Fall, administrateur général de l’Institut Pasteur de Dakar, a rappelé que le diagnostic intervient à toutes les étapes de la médecine et de l’épidémiologie et conditionne l’efficacité de la riposte face aux crises sanitaires, soulignant que le continent enregistre en moyenne une nouvelle épidémie tous les trois jours. Pour lui, chaque heure gagnée dans l’identification d’un cas se traduit directement en vies sauvées et en chaînes de transmission interrompues un message porté avec une conviction sans détour : « la rapidité du diagnostic conditionne la rapidité de la réponse ».

De son côté, le ministre Ibrahima Sy a insisté sur l’absence de résilience sanitaire durable sans une capacité diagnostique à la fois robuste et souveraine, rappelant que le Sénégal a fait le choix stratégique d’investir dans la recherche, la biotechnologie et la production locale de produits de santé, conformément à son Agenda national de Transformation 2050. Il a salué à cette occasion les résultats concrets déjà obtenus par l’écosystème sénégalais, notamment la montée en maturité de l’Agence nationale de réglementation pharmaceutique reconnue par l’OMS.

Les deux responsables ont plaidé pour une coopération internationale fondée sur la co-construction plutôt que sur l’assistance une philosophie que les quatre consortiums réunis à Dakar, dont UTI-Diag, incarnent au quotidien à travers leurs partenariats équilibrés entre institutions africaines et européennes.

Le projet UTI-Diag était représenté ce premier jour par Giulia Gaudenzi, Assistant Professor au Département de Global Public Health de Karolinska Institutet et co-Investigatrice principale du projet aux côtés du Pr Tobias Alfvén. aussi a rappelé l’ampleur du défi que représentent les infections urinaires entre 150 et 240 millions de cas estimés chaque année dans le monde, dont près de 80 % causés par E. coli puis Klebsiella, deux bactéries directement impliquées dans la hausse de la résistance aux antimicrobiens et souligné les limites des outils de dépistage actuellement disponibles sur le terrain.

Giulia Gaudenzi a surtout mis en avant le rôle moteur des partenaires africains du projet dans le passage à l’échelle clinique : « Nous avons reçu l’autorisation éthique de mener un essai clinique sur deux nouveaux outils de diagnostic, et cela grâce à nos collègues de l’IPD à Dakar et du CPC au Cameroun, qui coordonnent l’essai dans leurs pays respectifs », a-t-elle précisé, ajoutant que l’essai vise à recruter environ 500 patients par pays, en incluant les populations les plus à risque. Elle a enfin présenté les deux dispositifs développés par le consortium un test à flux latéral de dépistage rapide et un test de diagnostic rapide plus avancé capable d’identifier la bactérie en cause et une éventuelle résistance conçus pour être précis, peu coûteux et utilisables jusque dans les structures de santé les plus modestes.

Quatre jours de science, de formation et de coordination

  • Jour 1 Politique & Stratégie (Hôtel Ndiambour) a posé les bases scientifiques et institutionnelles de la semaine : présentations croisées des quatre projets, interventions d’experts sur la résistance aux antimicrobiens, les infections respiratoires et vectorielles, et une table ronde de haut niveau sur les défis diagnostiques du continent.
  • Jour 2 Étudiants & Innovation (Institut Pasteur de Dakar) a mis à l’honneur la nouvelle génération de chercheurs africains, avec une session de posters portée par des doctorants et jeunes chercheurs, des ateliers pratiques (microscopie, biologie moléculaire, bonnes pratiques RDT), et la présentation de solutions technologiques par des exposants comme Capitainer.
  • Jour 3 Formation & Engagement communautaire (Institut Pasteur de Dakar) a été marqué par une session de formation pratique sur les outils de diagnostic rapide, animée par Anna Hollander (Capitainer) pour un groupe de chercheurs et représentants partenaires venus de plusieurs pays du consortium. Les discussions se sont poursuivies avec l’implication active des participants, reflet de l’intérêt suscité par ces outils diagnostiques pour leurs propres contextes de recherche et de terrain. En parallèle, des événements d’engagement communautaire conférence scientifique ouverte au public au format TEDx et déploiement d’un laboratoire mobile ont permis d’aller à la rencontre des populations locales.
  • Jour 4 Réunion annuelle UTI-Diag & Clôture (Institut Pasteur de Dakar) a été consacré à la réunion annuelle du consortium UTI-Diag : présentation des résultats scientifiques de l’Année 1, suivi des indicateurs clés (KPIs) et discussion de la contribution du projet aux politiques de santé publique. La session financière et administrative a permis de faire le point sur la gestion du projet, avant les échanges sur les leçons apprises et la stratégie de pérennisation post-projet. La conférence s’est clôturée par une synthèse générale, des recommandations pour l’Année 2, et le traditionnel rassemblement de tous les partenaires devant le photocall officiel.

En clôture

Cette conférence a confirmé la dynamique d’un écosystème scientifique africain fort et engagé, porté par la collaboration entre quatre consortiums de recherche autour d’un enjeu commun : des outils diagnostiques innovants et accessibles, au bénéfice de l’ensemble des populations, notamment les enfants, les femmes enceintes, les personnes âgées et les patients atteints de comorbidités. Merci à tous les partenaires, intervenants et participants pour ces quatre jours d’échanges.

Prochaines étapes : suivi des recommandations issues de la conférence, préparation de l’Année 2 du projet, et poursuite des missions de terrain notamment à Yaoundé, au Cameroun, en juillet 2026.

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