Imaginez vous rendre dans un centre de santé avec une douloureuse infection urinaire — une affection qui, il y a une génération, se réglait en trois jours d’antibiotiques — et qu’on vous dise qu’aucun des médicaments disponibles ne semble fonctionner. Pour des millions de personnes dans le monde, notamment en Afrique subsaharienne, c’est une réalité quotidienne.
Qu’est-ce que la résistance aux antimicrobiens ?
La résistance aux antimicrobiens (RAM) survient lorsque des bactéries, des virus, des champignons ou des parasites développent la capacité de résister aux médicaments conçus pour les éliminer. Dans le cas des infections urinaires, cela signifie que les antibiotiques prescrits peuvent tout simplement ne pas fonctionner. L’OMS a classé la RAM parmi les dix principales menaces pour la santé publique mondiale dès 2019. En 2024, l’ONU a adopté une Déclaration politique sur la RAM reconnaissant que la résistance bactérienne est associée à environ 4,95 millions de décès par an dans le monde.
Une crise nourrie par le surdiagnostic — et le sous-diagnostic
En Afrique subsaharienne, un facteur déterminant de la résistance n’est pas seulement la surutilisation d’antibiotiques, mais leur usage inapproprié — causé par l’absence d’outils diagnostiques adaptés.
Faute de test de laboratoire, le clinicien prescrit un antibiotique à large spectre. Si les bactéries y sont déjà résistantes, le traitement échoue. Le patient reçoit un deuxième médicament, puis un troisième. Une étude publiée en 2024 dans JAC-Antimicrobial Resistance révèle que plus de 50 % des bactéries isolées chez des patients IU en Afrique de l’Est étaient multirésistantes — dont 52,2 % pour E. coli.
L’ampleur de la crise
Le rapport mondial de surveillance RAM 2025 de l’OMS — fondé sur les données de 110 pays et plus de 23 millions de cas confirmés — montre que la résistance aux antibiotiques de première ligne continue d’augmenter. L’Appel mondial à l’action de l’OMS sur la RAM (octobre 2025) avertit que sans intervention urgente, les infections résistantes pourraient provoquer 39 millions de décès d’ici 2050 et coûter jusqu’à 412 milliards de dollars par an. L’objectif convenu est une réduction de 10 % des décès liés à la RAM d’ici 2030.
UTI-Diag : l’innovation diagnostique au service du traitement ciblé
UTI-Diag est un consortium de 11 partenaires africains et européens, financé par l’UE, qui travaille au développement d’outils diagnostiques au point de soins capables d’identifier la bactérie responsable — et son profil de résistance — rapidement, sans infrastructure de laboratoire complète.
Un clinicien disposant d’un résultat fiable peut prescrire le bon antibiotique dès la première tentative, protégeant le patient et réduisant un facteur clé de la résistance. Les visites de terrain en novembre 2025 ont confirmé l’urgence : les communautés ont besoin d’outils adaptés à leurs conditions réelles.
Ce que chacun peut faire
La RAM est un problème collectif. À titre individuel : n’utiliser des antibiotiques que sur prescription, suivre les traitements jusqu’à leur terme, ne jamais partager ou réutiliser des médicaments. À l’échelle des politiques publiques : investir dans l’infrastructure diagnostique. À l’échelle de la recherche, UTI-Diag démontre qu’une innovation ciblée, construite avec les communautés locales, peut combler le fossé entre ce que la médecine moderne peut offrir et ce qui est réellement accessible en Afrique.
Références
- OMS (2025). Rapport mondial de surveillance de la résistance aux antibiotiques 2025.
- OMS (2025). Appel mondial à l’action pour lutter contre la résistance aux antimicrobiens.
- Assemblée générale des Nations Unies (2024). Déclaration politique sur la résistance aux antimicrobiens.
- Maldonado-Barragán A. et al. (2024). JAC-Antimicrobial Resistance, 6(1).
- OMS (2015, mis à jour 2025). Plan d’action mondial sur la résistance aux antimicrobiens.
Contact
Communication UTI-Diag
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www.utidiag.org
Ce projet est financé par l’Union européenne via Global Health EDCTP3 et par UK Research and Innovation (UKRI).